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Le blog de Jacques Chalmeau

La Neuvième symphonie dite du «Nouveau Monde» Antonin Dvořák (1841-1904)

29 Décembre 2008 , Rédigé par Jacques Chalmeau Publié dans #Oeuvres


La symphonie du Nouveau Monde a été écrite par Dvořák (nom d'origine tchèque que l'on prononce Dvorjak). Ce musicien né près de Prague est invité pendant quatre ans aux Etats-Unis (de 1892 à 1895), pour être le directeur du Conservatoire National de musique de New-York. Pendant son séjour, il souffre d'un mal du pays profond et éprouve des difficultés pour trouver ses repères dans sa nouvelle patrie d'adoption. Dans le même temps, il est émerveillé par toutes les nouveautés technologiques qu'il rencontre. Passionné de chemins de fer, il découvre par exemple les locomotives de la Western Union et la mécanique complexe des bateaux à vapeur qu'il vient visiter fréquemment dans le port de New York. Par ailleurs, Dvořák aime se définir comme un simple musicien du peuple, resté proche de ses origines modestes. Toute sa vie il a tenté de capter la quintessence des musiques populaires de son pays. Au milieu de ce grand pays qu'est l'Amérique, il se tourne naturellement vers les minorités victimes de racisme, lui qui est issu d'un pays sous tutelle étrangère (austro-hongroise). La musique des Noirs américains, souvent nostalgique, lui rappelle sa propre douleur d'exilé volontaire. A partir de négro-spirituals, il va créer une armature thématique originale unique. La musique et la littérature issue de la culture indienne sera son autre grande source d'inspiration, sans oublier les thèmes du folklore de son propre pays. Réalisant un savant métissage de ces influences cosmopolites, il invente un nouveau langage musical à la portée universelle, ce qui explique probablement le succès phénoménal de cette œuvre et les revendications multiples de paternité émanant de plusieurs pays, à commencer par celle des États-Unis. Car le titre «Nouveau Monde» créé il y a cinq siècles lors de la découverte de l'Amérique, fait bien sûr référence au Nouveau Continent, pays d'immigrants de toutes origines.

Dvořák, s'est exprimé sur la gestation de son œuvre et sa méthode de travail dans plusieurs articles de presse au début de l'année 1893, et très précisément, sur ses «emprunts» à la culture indienne et leur traitement: «Je n'ai utilisé aucune des mélodies indiennes. J'ai simplement écrit des thèmes originaux englobant les particularités de cette musique et utilisant ces thèmes comme sujets, je les ai développés avec les moyens des rythmes modernes, contrepoints et couleur orchestrale.» Dans le même article, Dvořák indique qu'il considère le deuxième mouvement comme «une étude pour une future œuvre, soit une cantate ou un opéra ... qui sera basée sur "Le Chant de Hiawatha". Ce long poème en vers libres est l'un des fondements de la "littérature d'inspiration indienne" du XIXème siècle. Il évoque la vie d'un Indien, Hiawatha. C'est une œuvre envoûtante, très imagée et émouvante. Dvořák a indiqué qu'il s'était inspiré de passages de danses («noces de Hiawatha» pour le 3ème mouvement) et des «funérailles dans la forêt» (2ème mouvement). Comme il l'écrit : "il me semble que le sol américain aura un effet bénéfique sur mes pensées, et je dirais presque que vous entendrez déjà quelque chose de cela dans cette nouvelle symphonie".

Cette neuvième et dernière symphonie, également première grande œuvre «américaine» du compositeur, comporte classiquement quatre mouvements :

  1. Adagio - Allegro Molto,

  2. Largo,

  3. Scherzo

  4. Allegro con fuoco

La création a eu lieu le 15 décembre 1893 à New-York, dans la salle prestigieuse de Carnegie Hall, avec l'orchestre Philharmonique de New York dirigé par son chef Anton Seidl.


L'histoire retiendra que Neil Armstrong, cosmonaute américan, emporta un enregistrement audio de cette symphonie lors de la mission Apollo 11, la première à déposer un homme sur la lune, en 1969.


Scène des "funérailles dans la forêt" du poème de Longfellow

Ayant servi de trame dramatique pour la composition du 2ème mouvement.

Chapitre XX :

Hiawatha est parti chasser au milieu de la forêt désolée, en plein hiver ; il doit à tout prix ramener de quoi manger au foyer, car la famine sévit, et son épouse Minehaha ("Eau-riante") souffre d'inanition.

Et le malheureux Hiawatha,
Loin au milieu de la forêt,
Très loin au milieu des montagnes,
Entendit le soudain cri d'angoisse,
Entendit la voix de Minnehaha
L'appelant dans l'obscurité,
"Hiawatha! Hiawatha! " Par les champs enneigés et désolés,
A travers les branches recouvertes de neige,
Hiawatha revint en hâte,
les mains vides, le cœur gros,
Il entendit Nokomis, gémissant, pleurant:
"Wahonowin! Wahonowin!
Il vaudrait mieux que j'aie péri à ta place,
Il vaudrait mieux que je sois morte comme tu l'es!
Wahonowin! Wahonowin!" Et il s'est précipité dans le wigwam,
a vu la vieille Nokomis doucement
se balancer d'avant en arrière en gémissant,
Il a vu sa belle Minnehaha
Étendue morte et froide devant lui,
Et, son cœur en éclatant dans sa poitrine,
Poussa un tel cri de douleur,
Que la forêt gémit et frissonna,
Que les étoiles mêmes dans le ciel
S'émurent et tremblèrent de son angoisse.
Alors il s'est assis, toujours sans rien dire,
sur le lit de Minnehaha,
aux pieds d'Eau-Riante,
à ces pieds chéris, qui jamais
plus ne courraient légèrement à sa rencontre,
Qui jamais plus ne le suivraient légèrement.
Avec les deux mains il se couvrit le visage,
Sept long jours et sept longues nuits il resta assis là,
Comme sans conscience il restait là,
Sans voix, immobile, sans connaissance
Du jour ou de la nuit.
Alors ils enterrèrent Minnehaha;
Dans la neige une tombe ils lui firent
Dans la forêt profonde et sombre
Sous les fleurs plaintives; Ils la vêtirent de ses plus riches vêtements
Ils l'enveloppèrent dans ses robes d'hermine,
La recouvrirent de neige, comme l'hermine;
Ainsi ils enterrèrent Minnehaha....

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